À l’occasion du lancement de notre collection Les Bonnes Manières, nous avons demandé à Romain, fondateur de Maison Ciero, de nous raconter les siennes.
Sa façon de voir l’élégance, ses goûts, ses petits principes et cette manière bien à elle de jouer avec les codes.
Des bonnes manières personnelles, spontanées, parfois détournées, à l’image de la collection.

J’ai toujours aimé mélanger des choses qui, sur le papier, ne sont pas forcément faites pour aller ensemble. C’est vrai dans mes bouquets, mais aussi dans ma façon de m’habiller ou de décorer un intérieur. Je peux associer une fleur très précieuse à quelque chose de beaucoup plus brut, une pièce très classique à un vêtement plus inattendu. Je fonctionne beaucoup à l’instinct : si une association me surprend et provoque quelque chose, c’est généralement qu’elle fonctionne.

La couleur a toujours eu une place très importante dans ma vie. Chez Maison Ciero, je peux partir d’un rose très doux et avoir soudain envie d’y ajouter un orange presque électrique, du bordeaux ou une couleur qui vient complètement bousculer l’ensemble. C’est pareil chez moi ou dans ma façon de m’habiller : je n’aime pas forcément que tout soit parfaitement assorti. Je préfère une couleur qui dérange un peu à une harmonie trop évidente.

Quand je compose un bouquet, j’aime qu’il y ait toujours quelque chose qui s’échappe : une tige plus haute, une fleur qui tombe, une branche qui prend davantage de place que prévu. Au début, on a souvent envie de corriger, de couper, de remettre droit. Moi, c’est justement ce que j’essaie de ne pas faire. Je trouve qu’un bouquet devient intéressant au moment où il cesse d’être parfaitement maîtrisé. Et finalement, je crois que je suis un peu pareil.

Je trouve presque plus touchant de recevoir des fleurs un mardi sans raison que pour un anniversaire ou la Saint-Valentin. Dans mon métier, je vois tous les jours des gens venir chercher un bouquet simplement parce qu’ils ont pensé à quelqu’un, et ce sont souvent les commandes que je préfère. Personnellement, quand je suis invité, j’aime arriver avec quelque chose : des fleurs, un objet, une attention. Les petits gestes spontanés me touchent beaucoup plus que les grandes occasions imposées.

C’est probablement l’un des principes auxquels je tiens le plus dans mon travail. J’aime attendre le retour d’une fleur. Les premières pivoines, les dahlias à la fin de l’été, les hortensias qui changent de couleur à l’automne … Si tout était disponible toute l’année, je pense qu’on finirait par ne plus rien attendre. À Rungis, je peux d’ailleurs arriver avec une idée très précise et finalement tout changer parce que je tombe sur une variété ou une couleur magnifique ce matin-là. La saison décide souvent à ma place, et j’aime ça.

Avec mon métier, on pourrait penser que j’ai toujours envie d’en mettre beaucoup. Pourtant, je peux être beaucoup plus impressionné par une seule fleur parfaitement choisie dans un vase que par une énorme composition. Chez moi, j’aime aussi isoler une fleur ou une branche et simplement la regarder évoluer pendant plusieurs jours. Il n’y a pas besoin d’accumuler pour créer une émotion : parfois une seule fleur raconte déjà tout.

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